"Au Panthéon, la Patrie reconnaissante. Après
d'importants travaux de restauration, lédifice néoclassique
voulu par Louis XV
offre
désormais au public une visite plus complète"
Valéry Cadet, Le Monde, 4 avril, 1995
CES JOURS derniers, le Panthéon dévoile une partie de ses beautés dérobées aux regards depuis dix ans. Tous ceux qui rendent visite à la dernière demeure de quelques passants considérables ont en effet de nouveau accès, en circulation périphérique, à la nef sertie de filets de protection.
Depuis le début des années 70, la chute de blocs de pierres provoquée par la corrosion d'armatures métalliques menaçait le public. Par mesure de sécurité, le ministère avait interdit, en 1985, la visite de lédifice néoclassique, hormis la crypte et les parties hautes, en même temps que se mettait en place un vaste programme de restauration proposé par Hervé Baptiste, l'architecte en chef. Les travaux mise hors d'eau de la totalité du monument, nettoyage de la crypte, restauration de la couverture du dôme et des oeuvres intérieures devraient s'achever vers 2010. Ils sont estimés à 310 millions de francs, dont 60 millions ont déjà été engagés à ce jour.
On peut donc de nouveau déambuler devant les fresques sur toiles marouflées, qui ont cette grandiloquence des illustrations de nos vieux livres d'histoire, à la gloire de saint Louis, Clovis, Jeanne d'Arc ou Napoléon, et réalisées en autant de styles que d'artistes. Les tons pastel des toiles de Puvis de Chavannes, retraçant les grandes heures de sainte Geneviève, patronne de Paris et protectrice des lieux, ajoutent à léclectisme des genres.
Dans ses murs, comme dans son histoire, le Panthéon est marqué du sceau du désordre. L'architecture audacieuse donnée par Jacques-Germain Soufflot à cette église en forme de croix grecque, voulue par Louis XV en action de grâces pour avoir survécu à une grave maladie, n'est pas étrangère aux multiples fragilités et menaces auxquelles on tente aujourd'hui de remédier. Mais sa chronique est encore plus prodigue de heurts. Église aux trois calottes de pierre, qui offre un panorama d'exception sur toute la capitale et dont le dôme servira de modèle au Capitole de Washington, n'a cessé ses allers et retours entre le spirituel et le séculier, au gré des pouvoirs en place.
C'est la Révolution qui transforma une première fois, à l'instigation de Quatremère de Quincy, ce qui fut Sainte-Geneviève, édifiée sur l'emplacement de la basilique construite par Clovis en 508, en un temple de la Patrie. Une naissance chaotique: le 13 décembre 1791, premier de tous, Mirabeau devait y entrer ou du moins le cercueil contenant son corps et l'urne recelant son coeur... et en ressortir deux ans plus tard pour la fosse commune, jugé indigne par la Convention lorsque furent mises au jour ses relations avec la Cour. Marat, qui le remplaça, subit le même sort, suivi de bien d'autres héros déchus. Un ballet d'intronisations et d'expulsions que la Convention calma en 1795: les honneurs du lieu ne pourraient plus être donnés à un citoyen que seulement dix ans après sa mort. Il y eut d'autres polémiques. On prétendit, par exemple, qu'un vide sidéral habitait les sépultures de Voltaire "Il réclama les droits de l'homme contre la servitude de la féodalité" et de Rousseau "Ici repose l'homme de la nature et de la vérité". Inquiétude balayée d'un procès-verbal dressé par une commission pluridisciplinaire en décembre 1897, après ouverture des sarcophages.
Certains grands hommes, comme Léon Gambetta ou Justin-Bonaventure Morard de Galles, n'ont que leur coeur à disposition des hommages; leurs restes sont ailleurs.
Les visiteurs d'aujourd'hui, la plupart étrangers, comme l'observe Bernard Jeannot, l'administrateur des lieux, saluent d'un même respect hâtif d'illustres oubliés côtoyant dans le silence de la crypte glacée Lazare Carnot, Victor Hugo, Emile Zola, Jean Jaurès.
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- James Petterson
- French Department
- Date Created: August 14, 1997
- Last Modified: August 1, 2008
- Expires: June 1, 2009